Rod Lurie et Carol Flint nous parlent de Commander In Chief, Urgences, Six Degrees...
| Serieslive, le 21/10/2006 à 18h32
Ce week-end des 13, 14 et 15 octobre avait lieu le premier festival "Scénaristes en Séries" à Aix-les-Bains. Ce nouveau rendez-vous de la fiction était organisé par des membres du Club des Auteurs (CDA), qui réunit 75 scénaristes professionnels travaillant tous pour la télévision et le cinéma, tous impliqués de manière particulièrement active dans la création et l'écriture de téléfilms, de séries et de feuilletons...
Ce week-end était l'occasion d'une rencontre entre scénaristes, producteurs, chaînes, acteurs, et la presse. La marraine de cette première édition était Véronique Jannot, vue dans de nombreux téléfilms français.
Lors de ce week-end, SeriesLive a pu interviewer 2 personnages importants de la télévision américaine : Rod Lurie et Carol Flint.
Rod Lurie, ancien critique de films, est maintenant un réalisateur, scénariste et showrunner américain. Il est à l'origine de Line of Fire (diffusé en 2005 sur Canal Plus et en 2006 sur Jimmy) et de Commander In Chief, en novembre sur M6. Après l'arrêt de cette dernière, il veut continuer de faire des séries un peu plus féministes qu'à l'ordinaire et propose Capital City à The CW. Le network américain vient de commander un nouveau pilote de cette série proposée à ABC pour la saison 2002/2003 mais non retenue par la chaîne.
Carol Flint est une scénariste très connue aux Etats-Unis d'Amérique. Elle a derrière elle une dizaine d'années d'écriture. Productrice de La Loi de Los Angeles (1986), productrice superviseur d'A la Maison Blanche et productrice exécutive d'Urgences, Earth 2, The Unit : commando d'élite, et de la nouvelle série d'ABC récemment achetée par TF1 : Six Degrees, elle écrit au moins un scénario pour chaque de ces séries (une quinzaine pour Urgences).
Marc Frydman (producteur exécutif de Commander In Chief) était aussi présent mais peu bavard.
Pour vous, les séries françaises doivent-elles s'inspirer des séries américaines ?
R.L. : D'après ce que j'ai pu voir, il y a déjà une influence des séries américaines sur les séries françaises. Mais je pense que chaque pays doit pouvoir garder sa spécificité. Influençons-nous mutuellement !
Qu'avez-vous pensé de l'Etat de Grace que vous avez pu voir lors de la projection vendredi soir ?
R.L. : C'est dommage que la série n'aie pas marché, mais je pense qu'elle est trop mysogine. Malheureusement je ne peux pas en dire beaucoup plus parce que je ne comprends pas le français.
Pouvez-vous imager que CiC comme une comédie ?
R.L. : Pour moi, la politique n'est pas un sujet drôle, donc je prends très au sérieux ce sujet. Le seul côté un peu drôle de la série, c'est le mari.
On parle beaucoup de la qualité des séries américaines, mais y en a-t-il aussi de mauvaises ?
R.L. : Bien sur, il y a beaucoup de séries médiocres qui sont diffusées aux USA, je pense qu'il y en a partout.

Quand pourra-t-on voir Commander-in-Chief en France ?
R.L. : La série sera diffusée en novembre sur M6. Même si le sujet de cette série est très américain, elle fonctionne très bien à l'étranger. Elle est d'ailleurs dans les séries les plus regardées dans les pays où elle est diffusée. Tout comme A la Maison Blanche d'ailleurs. Je pense vraiment que ça vient du fait que les présidents de la télévision sont meilleurs que notre Président. Allen et Bartlet sont de bons présidents, eux ! Je pense que c´est une des raisons principales du succès de cette série dans le monde. Le président Bush ne se soucie pas vraiment de l´oppression dans le monde, autrement, nous ne serions pas au soutien de l´Arabie Saoudite et il y a d´autres motivations ultérieures qui motivent notre président. Les 2 présidents à la télévision (Allen dans Commander In Chief et Bartlet dans A la Maison Blanche) avaient un souhait sincère d´aider les gens opprimés à travers le monde, car nous [ndlr : Les Etats-Unis] sommes capables de le faire. Je pense que c´est une des raisons principales du succès de cette série dans le monde.Mais, malheureusement, ce fut le contraire. Par exemple, notre président a créé tout de suite un génocide.
Pour créer le personnage de Mackenzie Allen, dans la série Commander In Chief, avez-vous été inspiré par une femme ? Comment faites-vous pour faire une série aussi réaliste que Commander In Chief ?
R.L. : Oui, tout à fait... ma mère ! (rires) Deux des scénaristes étaient conseillers de George Bush. Il y avait également une femme qui était conseillère constitutionnelle des Etats-Unis auprès de Clinton, ainsi que le cabinet de Hilary Clinton. Mais honnêtement, à chaque fois qu´on me pose cette question sur le modèle qui m´a inspiré Allen, je réponds ma mère. Mackenzie Allen est indépendante (ni Républicaine ni Démocrate). Quand j´ai démarré cette série, on a créé un personnage qui n´allait pas être déchiré par les partis. Dans le deuxième épisode, le personnage principal dit : "Je ne serai pas élue à la fin du mandat. Ca me donne plus de pouvoir parce que maintenant, je n'ai pas de soucis à me faire pour être réélue."
Nous parlons des séries françaises, mais que pensez-vous des britanniques comme Spooks influencent l'industrie des séries aux USA ?
C.F. : Je ne connais pas cette série. Aux Etats-Unis, nous sommes influencés par l'Angleterre. Le meilleur exemple serait l'adaptation de l'une d'entre elles dans notre pays : The Office. Partout dans le monde, il y a des endroits où l'on s'ennuie à mort, et c'est dans les bureaux que ça se passe.
R.L. : Oui, il y a une influence anglaise. C'est certain.
Hier vous nous avez parlé des mésaventures de la série [ndlr : au cours d'un Master Class, Rod nous a annoncé qu'il a été volontairement écarté de la série après 6-7 épisodes]. Combien il y a-t-il d'épisodes pour Commander in Chief ?
R.L. : En tout, il y a eu 19 épisodes produits, mais le dernier personne ne pourra jamais le voir. Quand les gens du network ont vu cet épisode, ils se sont regardés un peu bizarrement et je ne sais pas s'ils ne l'ont pas brûlé (rires).
Je pense que c'était une très bonne série et pourtant la fin était différente,. Le ton, par exemple, a bien changé... Les gens aimaient le show, l'humour qu'apportait le mari par exemple. Quand l'autre directeur est venu (Steven Bochco), ce n'était pas un féministe, et il a fait entrer le mari à la maison blanche. Je l'avais prévenu que c'était une mauvaise idée, et personne n'a aimé.
Mesdames, vous allez comprendre ce qui suit : je voulais montrer que le mari peut avoir la responsabilité d'aider à la maison, d'élever les enfants, et que tout ça était parfaitement normal. La femme peut travailler et Steven Bochco pensait le contraire ! "Non, ce n'est pas le travail d'un homme ça" m'a t'il dit. Donc les femmes qui regardaient ma série, lui ont dit "Fuck You !" [ndlr : elles ont été déçues et sont allés voir ailleurs...].
Il a fait autre chose, il a créé de nouveaux personnages, la mère de la présidente par exemple. Elle arrive dans la série pour jouer le rôle du conjoint de la présidente. Autrement dit, laissez une femme faire le travail d'une femme. C'est ce qui a fait partir le public. Les femmes peuvent voir à la télévision des femmes telles qu'elles sont : capables d'être intelligentes, puissantes, aussi intelligentes que n'importe quel homme.
Est-ce que vous pensez que la série a fait changé l'opinion des américains en général sur le fait qu'une femme puisse diriger le pays ?
R.L. : Oui, c'est le message que nous avons reçu. La série a créé une espèce de bombe dans la presse, et de partout dans le monde.
Je pense qu'il y a quand même une très grande chance que l'on voie une candidate se présenter aux prochaines élections présidentielles aux USA [ndlr : en novembre 2008]. Et Marc et moi en prenons la responsabilité (rires)
C.F. : Même si c'est Condoleezza Rice ?
(rires général)
R.L. (l'air effrayé) : Non ! Pas si c'est Condoleezza Rice (rires).
Quelles sont vos séries favorites du moment ?
R.L : Lost : les Disparus, car ça m'intrigue. Je veux toujours savoir ce qui va se passer après [ndlr : il nous a également dit avant la conférence qu'il avait un copain à lui qui travaillait sur cette série] et j'apprécie Evangeline Lilly (rires), j'aime aussi beaucoup Matthew Fox et son personnage. Sinon, j'aime beaucoup la série The Wire [ndlr : Sur écoute, diffusée sur Jimmy], meilleure que les Sopranos, A la Maison Blanche et beaucoup de séries de Steven Bochco (NYPD Blue...)
C.F. : Probablement, A la Maison Blanche. Je l'aime vraiment beaucoup, ainsi que l'humour de ce drama, Urgences. Une série plus ancienne que j'aime beaucoup aussi est M*A*S*H.
Carol, 6 Degrees est diffusée le jeudi soir à 22H. Est-ce que ça ne fait pas un peu bizarre de travailler sur une série quand on sait qu'elle va être en concurrence directe avec une autre série sur laquelle vous avez déjà travaillé [ndlr : Urgences est également diffusée à 22h le jeudi soir] ?
C.F. : Ce qui est intéressant, c'est le résultat. Les gens regardent Grey's Anatomy sur ABC, puis zappent sur NBC pour regarder Urgences, et ne regardent donc pas Six Degrees après la première. Les deux émissions d'ABC sont récentes, et tout le monde pensaient que cette programmation allait marquer la fin d'Urgences. Mais, ce n'a pas été le cas. Ce fut la grande surprise de cette saison. Mais cette concurrence entre "mes" deux séries n'est pas un conflit pour moi. Urgences a une histoire si longue, mais apparemment, elle n'est pas encore arrivée à sa fin.
En France, les étudiants en médecine regardent Urgences. Est-ce pareil aux USA ?
C.F. : Oui, Urgences a toujours pris très au sérieux le côté médical. Quatre médecins nous conseillent, dont deux écrivent pour la série. D'ailleurs, ça crée une certaine confusion parce qu'avant il pouvait avoir des mémos d'un médecin en conflit avec ceux d'un autre médecin. Donc maintenant, les quatre médecins se réunissent avec les producteurs et les scénaristes pour nous conseiller. Les scénaristes d'Urgences à l'heure actuelle ne sont pas très contents car cet aspect est négligé dans Grey's Anatomy.

Les problèmes de qualité de la fiction françaises sont-ils dus aux moyens ou à la structure des productions ?
M.F. : C'est une question d'exigences en général, plus qu'une question de moyens. Le système marche aux USA et le résultat est là. Cette interaction entre l'exécutif, les scénaristes et les showrunners donne une cohésion à l'écriture. Tout est très bien équilibré.
Carol, avez-vous apprécié de travailler avec David Mamet [ndlr : showrunner de The Unit, mais aussi scénariste, réalisateur, producteur, acteur américain et auteur de théâtre] ?
C.F. : Je trouve que c'est un homme très brillant, surtout pour moi qui suis sortie du théâtre, c'était un héros. Je pense que tous les scénaristes ont été surpris qu'il soit aussi impliqué dans sa série. Il y avait aussi Shawn Ryan en producteur exécutif, et qui était tout autant impliqué. C'était une bonne expérience, mais une année m'a suffit (rires). La plus grande surprise pour moi était l'humour de David. Il a vraiment beaucoup d'humour, peut-être parce que son travail et très sérieux et très macho.
Vous avez dit ce matin que vous développiez 2 nouveaux projets. Pouvez-vous nous en dire plus ?
C.F. - Cela va être rapide. On ne peut pas en parler si tôt, car je suis en train de développer le concept. Je n'ai même pas encore écrit un scénario pour le moment.
R.L. : Capital City parle d'une femme de 26 ans qui travaille pour un représentant de la Chambre des Représentants (plus d'infos) aux USA, qui fait tout pour l'emmerder. Elle va alors se présenter contre lui aux prochaines élections.
B.Jacquiau
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