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Olivier Minne : 'C'est effrayant le nombre de flics que l'on peut voir à la télé'

Olivier Minne vient de tourner le pilote en 2x52' de la nouvelle série judiciaire A tort ou à raison. SeriesLive a pu le rencontrer au Palais de Justice de Bruxelles où il tournait sa dernière scène.

François Jadoulle et Julie Ducron, le 30/10/2008 à 12h00

Olivier Minne vient de tourner le pilote en 2x52' de la nouvelle série judiciaire A tort ou à raison. SeriesLive a pu le rencontrer au Palais de Justice de Bruxelles où il tournait sa dernière scène.

A tort ou à raison est une série produite par la RTBF et To Do Today, avec la participation de France 3. Elle met en scène quatre personnages qui se connaissent depuis leur adolescence et qui se retrouvent dans quatre domaines différents du monde judiciaire. Ils sont incarnés par des acteurs belges qui sont aussi (très) connus en France, raison pour laquelle France 3 n'a pas hésité à acheter la série. Dans le rôle du chroniqueur judiciaire, on retrouve Olivier Minne, de retour dans sa ville natale qu'il a quitté il y a de nombreuses années pour se lancer dans une carrière en France. Rencontre avec l'animateur de France 2 et maintenant acteur, dans une salle d'audience du Palais de Justice de Bruxelles.

Comment êtes-vous arrivé sur la série ?
J'ai été confirmé dans le rôle après avoir passé un casting. J'ai trouvé que c'était un scénario de qualité. Et puis une série judiciaire, l'idée même de faire une série judiciaire, voilà quelque chose qui change un peu de ce qu'on pourrait appeler très classiquement le policier à la française, qui commence à devenir un peu pesant...

On en voit beaucoup effectivement.
C'est effrayant le nombre de flics que l’on peut voir à la télé. Non content d'en voir partout dans la rue, on les voit en plus dans notre salon…

Mais Navarro prend sa retraite...
Oui mais pour un Navarro de perdu, combien de retrouvés ? C'est comme ce personnage de la Mythologie qui, quand on lui coupe une tête, en a 10 qui naissent immédiatement...

Mais ça marche !
Oui oui certes, ça fonctionne donc c’est vrai qu’il n’y a pas de raisons de s’arrêter mais là on va dire que c’était une autre manière d’envisager, de traiter en tout cas des histoires criminelles ou des histoires de sociétés tout simplement. Je trouve que ce que ça autorise en tout cas, c’est le traitement multi-angles. Ici dans la série il y a l'idée des quatre regards : le regard de l’avocate, de la juge d’instruction, du chroniqueur judiciaire (en l’occurrence moi) et du commissaire, donc il y a possibilité en fait pour les auteurs et les téléspectateurs d’avoir quatre points de vues. Alors que dans une série policière, il y en a éventuellement deux, rarement davantage puisque la série policière s’arrête au moment où le méchant est arrêté et c’est très rare qu’on parte après sur le procès.

A tort ou à raison

"C'est un peu politiquement incorrect, ça tape un peu sur tout le monde"


C'est une série qui est très service public selon vous ?
Je n’en ai absolument aucune idée. Mais ce qu’il y a de sûr c’est que... enfin, c’est toujours difficile car quand on tourne on est à l’aveugle donc moi j’ai tourné des scènes que j’avais à tourner. Aujourd’hui c’est mon dernier jour, ils ont en encore pour 15 jours donc je suis un peu à l’aveugle, bien sûr j’ai lu le script mais sorti de là je n’appréhende pas visuellement ce que ça va donner, mais ce qu’il y a de sûr en tout cas c’est que ça va être quelque chose qui va être, je pense, assez rythmé avec des rebondissements assez réguliers et puis des personnages vraiment très différents les uns des autres. Donc si ça sera service public, je ne sais pas, en tout cas espérons que le public s’y retrouve un peu, c’est-à-dire que ça parle aux téléspectateurs et qu’ils se disent « Ah oui ! Ils y vont bien ! » parce que c’est un peu politiquement incorrect, ça tape un peu sur tout le monde, c’est plutôt pas mal de ce côté-là. J’ai aussi trouvé intéressant le fait que ce ne soit pas uniquement les gentils d’un côté, les méchants de l’autre. On sent bien ici que le pouvoir n’est pas net dans tout ça.

L’univers, le monde des chroniqueurs judiciaires est un univers assez particulier, comment avez-vous préparé votre rôle ? Vous avez pris des contacts ?
Non parce que le rôle n’est pas basé essentiellement sur son activité professionnelle de chroniqueur judiciaire. Les séquences où l’activité professionnelle qui est la mienne où mon personnage s’exprime, sont des séquences qui ont pour but chaque fois de déclarer des vérités, ou en tout cas de condamne, de pointer des dysfonctionnements ou des trucs comme ça. Et ça a donc pour but de relancer à chaque fois une part de l’intrigue sur d’autres pistes. Mais mon personnage ne vit pas exclusivement à travers ça. C’est une de ses facettes mais ce n’est pas la principale, donc en fait, j’ai préféré plutôt travailler surtout sur l’aspect psychologique et à la fois la relation qu’il entretient avec ses trois amis de jeunesse et surtout son rapport avec sa famille, son passé, ses amours, tout ce qui à un moment donné apparaîtra mais plus tardivement.

La série a été achetée par France 3, vous pensez que le public français va s’attacher à une histoire qui se passe en Belgique ?
C’est vrai que ça je ne sais pas, c’est vrai que des fois je demandais des explications. J’ai quitté la Belgique pour Paris et il y a des choses que je ne comprends pas dans la manière dont se déroule l’organisation judiciaire. Heureusement, le Code Civil belge est très proche du français, le Code Napoléonien étant le tronc commun. Il y a peut-être deux-trois trucs un peu belgo-belges dans la série mais ils ne sont pas plus nombreux que ça.

Vous avez des exemples ?
A un moment par exemple on parle de « pro deo » (nom de l'assistance judiciaire pour les personnes à faible revenu en Belgique, ndlr). Je ne savais pas ce que c’était, mais ça sonnait bien, un peu « J’ai fait des latines ». Donc voilà, c’est des expressions juridiques propres à la Belgique et qui ne sont pas utilisées en France. Et puis j’ai quitté la Belgique il y a longtemps, je ne sais même pas comment fonctionne la Belgique, il y a je ne sais pas combien de gouvernements, quand on parle dans la série d’un ministre fédéral par rapport à quelqu’un de la région… J’ai demandé des explications de texte par rapport à ça. Mais rien de très compliqué parce qu’en fait, au final, quand vous êtes téléspectateurs et que vous entendez ministre fédéral vous comprenez bien que c’est un ministre.

Olivier Minne

"A Bruxelles, j'étais comme un touriste japonais"


C’était un retour aux sources pour vous de venir tourner en Belgique, à Bruxelles ?
C’était la première fois depuis très longtemps que je me retrouvais pendant 10 jours dans ce pays. Et j’étais un peu comme un touriste japonais qui découvrait un nouveau pays. Quand j’étais gamin je connaissais le quartier où j’allais à l’école, le quartier où je vivais, à Ixelles, et Etterbeek pour l’école. Là, j’ai découvert des trucs hallucinants que je ne connaissais pas, Schaerbeek par exemple, c’est très joli toutes ces petites maisons de maître, j’ai trouvé ça totalement charmant.

La comédie, vous voulez vous plonger là-dedans ou c’est juste une corde de plus à votre arc ?
Le problème c’est que ce n’est pas à moi de décider si je peux continuer à être comédien. Moi j’étais parti à Paris pour ça, je ne suis pas allé à Paris pour faire de la télévision. Je trouve d’ailleurs assez pathétique les mecs qui a 20 ans avaient envie de faire vedette à la télévision. On devient animateur éventuellement par accident mais tout ceux qui à 14 ans rêvaient de faire Patrick Sabatier je trouvais ça terrifiant.

Aujourd’hui vous réalisez votre rêve en quelque sorte…
Ce n’était pas un rêve, je pressentais une évidence quand je suis parti là-bas faire du théâtre. Ca n’a pas été facile, je suis parti avec toutes mes économies, ce qui n’était pas grand-chose parce que j’étais cadreur à RTL télévision et on ne gagnait pas énormément dans ce métier. Cette évidence n’a pas été démentie, parce que j’ai pris des cours, j’ai été au conservatoire. Ce sont des signes qui me montraient qu’il y avait quelque chose à explorer. Mais le problème c’est que c’est un pays où les compartiments sont terriblement cloisonnés. En tout cas il y a 20 ans quand j’ai commencé à Antenne 2, on ne pouvait pas à la fois faire de la télévision et du théâtre, c’était impossible. Donc aujourd’hui, depuis un an où je tourne un peu dans les fictions, je fais une expérimentation sur le terrain. Après c’est aux téléspectateurs de décider si je suis crédible dans mon interprétation. Est-ce que le téléspectateur recevra l’idée ou non que ce n’est pas le monsieur de Fort Boyard ou de La Cible mais que c’est tel personnage qui est devant leurs yeux ? C’est un truc que vous ne pouvez pas maîtriser.

Vous avez votre propre société de production, ça vous donne envie de faire des séries ?
La série c’est quand même un truc très particulier. En plus aujourd’hui, vu la crise dans laquelle on entre, ça ne va pas être évident de se lancer dans ce truc-là. Mais j’ai produit des fictions l’année dernière avec les animateurs de France 2, et j’ai trouvé ça rude, très rude. Parce qu’on était en costume, qu’il y avait des effets spéciaux, avec un budget de film bosniaque et encore je pense qu’en Bosnie ils ont plus d’argent. Donc ça a été vraiment compliqué mais en même temps j’ai trouvé ça passionnant. Travailler pour raconter une histoire, soit en tant que comédien soit en tant que producteur, c’est assez jubilatoire.

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