Esther Bay et Baptiste Jacquiau, le 28/10/2008 à 15h33
Ce soir débute la diffusion de la nouvelle mini-série de France 2, Nicolas Le Floch, avec dans le rôle-titre Jérôme Robart, déjà remarqué dans la série de Canal + Reporters. La série met en scène un policier enquêtant dans le Paris du XVIIIe siècle, avec costumes d’époque et dialogues en vieux français...
Cette mini-série, dont d’autres épisodes seront tournés dans les prochains mois, est une adaptation des romans de Jean-François Parot par Hugues Pagan, scénariste à l’origine de Mafiosa, Un Flic, ou Police District. Tournée en décors naturels, la série a nécessité deux mois de préparation pour les repérages, la mise en place des décors… mais, après l’audition de plusieurs acteurs, ce n’est qu’au dernier moment que l’interprète principal, Jérôme Robart, a été choisi pour incarner le rôle-titre.
Interview de Jérôme Robart, rencontré lors de l’édition 2008 de Scénaristes en Séries.

J'ai été contacté par un casting, qui m'a fait passer des essais, mais je suis rentré chez moi sans avoir été retenu. Quinze jours après cette réponse négative, ils m'ont rappelé, pour me dire qu'ils avaient vraiment envie de me rencontrer, avec cette fois le réalisateur. Après de nouveaux essais, filmés et montrés au producteur, la suite a été rapide. Il y avait une urgence pour la production et la réalisation de trouver celui qui incarnerait Le Floch. Je crois avoir passé les derniers essais le mercredi, et avoir eu une réponse le jeudi, pour partir tourner 10 jours après…
Il y a plusieurs qualités nécessaires pour incarner Nicolas Le Floch, et même la plupart des personnages de l'intrigue. Il faut bien sûr trouver un acteur capable de jouer un rôle titre, ce qui est complexe ; mais aussi, et c’est valable pour tous les rôles, il faut des acteurs qui ont à priori une formation théâtrale, et en même temps qui ont l'intelligence de ne pas empeser la langue. Parce que lorsque l’on travaille au théâtre une langue de ce type, l'erreur est souvent de parler lentement parce qu'on a peur de ne pas être compris. Alors qu'en fait c'est une langue que l'on doit intégrer, il faut effectuer un gros travail d'appropriation. Cela nécessite en tout cas des acteurs assez aboutis, qui ont du métier, qui savent ce que c'est que de travailler le texte.
Disons que je savais ce qu'il fallait faire pour se l'approprier. Pour ça il fallait que je transforme l'écrit du texte en oralité. Et la seule solution est d'avoir quelqu'un en face de soi, qui a le texte dans les mains, qui vous dit les répliques de l’autre personnage, de manière à avoir la même vitesse de parole que lors d’une conversation ordinaire. Une fois qu'il y a ça, c'est déjà un travail qui est très important, qui crée une illusion de vie, ce qui est primordial.
Mais il m'a manqué une chose assez essentielle : le temps. J'ai eu une préparation trop brève, qui ne m’a pas permis d’apporter les nuances que j'aurais souhaité. La préparation des acteurs est extrêmement importante. Ici on n'a simplement pas eu le temps, mais pour en avoir discuté avec d'autres acteurs, je sais que c'est souvent peu compris, peu considéré par les producteurs, voire même les réalisateurs parfois. Alors que l'intériorisation d'un personnage ne se fait pas comme ça. Ce sont des choses qui doivent se travailler, on doit avoir le temps de s’imprégner d’un personnage. D’autant plus avec un langage comme ça, qui doit paraître vivant, et face à ce scénario riche, avec plein de finesses, qui mérite une vraie nuance, une vraie compréhension des acteurs pour savoir ce qui est important et ce qui ne l'est pas, ou moins. Mais ce que je trouve très intéressant, c'est qu'on a la possibilité – et là, c'est génial que ce soit une série – de retourner d’autres épisodes, ce qui nous permettra de nous bonifier, de s'améliorer, tous autant qu'on est. Cette fois j’aurais le temps de travailler ! Et de manière générale, on pourra mieux se rendre compte des qualités et des défauts de la série.
Pour que l'on ait Le Floch a l'écran, il faut qu'il y ait une addition du travail des autres corps de métiers. Il y a beaucoup à faire pour ceux qui s’occupent des coiffures, des costumes, du maquillage... une fois que tout ça est fait, on se sent déjà dans une autre époque, même si lorsque la caméra se déplace, qu'on sort du cadre, on n'y est plus. Ce qui est important, avant même de faire un pas devant la caméra, c'est d'accepter la transformation, le déguisement de cette époque. Mais la grosse difficulté, c'est que ce tournage était une course contre la montre. Je n'avais jamais connu quelque chose d'aussi intense. Cela nécessitait beaucoup de concentration, et comme je n’avais pas eu le temps nécessaire pour me préparer, je courais après mon texte. Comme on tournait à 50 ou 60 kms de Paris, on avait une heure et demi de trajet le matin, et pareil le soir. A ma demande la production a engagé deux personnes qui, pendant ces moments là, m’aidaient à travailler sur l'oralité dont on parlait tout à l'heure. Je travaillais à la fois les scènes du jour, du lendemain, du surlendemain... j’essayais de prendre de l'avance... toujours les dire, les dire et les redire... en y allant, et en repartant. Et entre temps, il y avait la journée de tournage... Et la journée de tournage, pour un personnage comme Le Floch, c'est pratiquement de tous les plans, à part un ou deux jours, j’ai quasiment joué tout le temps. En plus c’était une période plutôt fraîche, dans des châteaux pas chauffés… j'ai perdu je crois 5 ou 6 kilos, alors qu'on mangeait bien.
En amont du tournage, pour des raisons de production, le scénario a pas mal évolué. Mais lorsque le tournage a commencé, tout était planifié, d’autant que deux scénarios étaient tournés en même temps. L'acteur doit savoir où il en est, ce qui n’est pas évident dans les conditions dans lesquelles on travaillait, c’est pour cela que des gens m’aidaient à me resituer dans l’action, à savoir où j’en étais. En tout cas je trouve que le terme de série n'est pas forcément adapté à Nicolas Le Floch, ou alors mini-série. On est face à une adaptation de roman, et Hugues Pagan scénarise, essaie d'extraire de ces romans qui sont vastes, foisonnants, pour extraire une intrigue de polar. Le roman comporte beaucoup de détails, il va nous faire sentir les odeurs de la cuisine, nous faire voir les étincelles des roues du carrosse, etc... Ce sont plein de détails que le roman offre et qu’on ne peut pas tous garder dans le scénario, il faut faire des choix. On est face à la nécessité d'être fidèle, mais aussi de raconter une histoire par la caméra. Je dis ça parce qu'il y a une série de 8 romans, et on est attaché à cette source, on n'est pas dans une série totalement créée. Il y a une fidélité à l'œuvre écrite. Ce n'est pas la même façon de travailler, que pour une série avec un pool d'auteurs...
(Rires) C'est assez différent oui. En même temps ce sont deux enquêteurs... Mais c'est assez génial de se retrouver à tourner dans deux projets comme ça. Pour le moment on attend que Reporters se termine pour tourner la suite de Nicolas Le Floch. Ce qui me touche assez, c'est d'avoir été choisi pour interpréter deux personnes qui cherchent la vérité. C'est quelque chose qui me touche profondément. Ce sont deux personnages bien différents, l'un est au service du roi, de l'autorité ; et l'autre est un reporter franc-tireur... En même temps, les deux personnages sont des enfants adoptés... c'est étrange ces similitudes.
Petit non, c'est venu vers 14/15 ans. C'est inexplicable. Ça doit être un besoin de reconnaissance... Je ne sais pas. Enfin je sais de manière conjoncturelle pourquoi j'ai commencé : une fille qui me plaisait faisait du théâtre, du coup j'ai commencé à faire du théâtre avec elle. (Rires) Puis après j'ai rencontré du grand texte... enfin c'est complexe. Le jeu est quelque chose d'assez introspectif, on est obligés d'avoir une connaissance de pas mal de ses ressorts pour aborder certains aspects d'un personnage... A moins d'être un gros animal et de vivre ça comme ça, comme certains acteurs qui savent jouer de manière instinctive... chaque acteur a sa propre manière de travailler. Mais c'est important de s'interroger sur pourquoi on veut être acteur, parce que cela va forcément influer sur l’interprétation sur scène.
Les deux premiers épisodes de Nicolas Le Floch sont diffusés ce soir, à 20h50, sur France 2 (cf news).
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Par - Le 28/10/2008 à 19h05
Merci pour l'interview :)