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François Avard : 'Les gens n’ont pas les moyens de dire fuck le système'

L'édition 2007 du Festival Scénariste-en-Séries mettait en avant la fiction québécoise. L'occasion pour SeriesLive de rencontrer le créateur et scénariste de la fameuse série Les Bougon - C'est aussi ça la vie, François Avard.

François Jadoulle et Baptiste Jacquiau, le 13/10/2008 à 06h00

L'édition 2007 du Festival Scénariste-en-Séries mettait en avant la fiction québécoise. L'occasion pour SeriesLive de rencontrer le créateur et scénariste de la fameuse série Les Bougon - C'est aussi ça la vie, François Avard.

L'adaptation française de la série commencera ce soir sur M6, si la justice ne l'interdit pas. Dans Les Bougon, on suit la famille Bougon, un clan de joyeuses petites fripouilles complètement en marge de la société et qui se donnent beaucoup de mal à magouiller, à préparer toutes sortes de petites combines "propres" afin de ne pas travailler et de ne jamais se conformer au système. L'indifférence générale de la population et des institutions est la faille au travers de laquelle ils se faufilent pour ramasser le magot. Traqués par cette justice inventée par et pour les quelques privilégiés qu'elle arrange, les Bougon multiplient les mensonges, graissent les bonnes pattes et demeurent unis par leur mode de vie.

Une série diffusée dès 2004 sur Radio Canada et sans aucun doute très engagées. Dans la série, Paul Bougon voue une véritable haine au système. Une manière pour François Avard de faire passer ses idées à travers la série ?
"Tout à fait. Et ces idées tombaient en plein dans l’esprit des Québécois. Les gens n’ont pas les moyens de dire « fuck le système » mais tout le monde le ressent. Ca tirait les cordes sensibles des Québécois, parce qu’on est tous dégoutés d’être pris pour des cons."

C'est une manière de s’investir en politique sans se présenter aux élections…
Voilà. Mais c’est un couteau à double tranchant parce que ça a été récupéré par la droite. Sur les deux millions de personnes qui regardaient la série, tous ne comprenaient pas le second degré, gauchisant presque anarchiste. Et une partie de la droite a récupéré le message en disant « regardez ces gens qui profitent du système ».

A propos de l'adaptation de M6, une courte polémique a vu le jour fin-2006. Initialement attaché au projet, François Avard, s'était finalement désisté. En décembre 2006, il avait déclaré se "sentir mal" vis-à-vis du Groupe Lagardère, propriétaire de GMT Productions, qu'il a alors associé au marché de l'armement mondial. Mais c'est vraisemblablement le fait de devoir s'installer en France durant six mois qui a définitivement résigné le Québecois. Alors qu'en est-il de cette histoire ? "J'étais déçu, et ça s’est su de l’autre côté de l’Atlantique, dès le lendemain. Ce qui rend paranoïaque d’ailleurs. Et puis je me résigne parce que le fait que des groupes de production télé appartiennent à d’autres groupes, ça n’en fait pas des gens moins compétents ou moins dévoués. Et je suis de ceux qui croient qu’il vaut mieux tenter de prendre sa place dans le système pour mieux lui donner des taloches plutôt que de rester à l’écart et de crier tout seul."

Vous pensez qu’ils auront, en France, la même liberté de ton que vous avez eue ?
Moi je leur souhaite, et je le ressens de CALT. Pour avoir moi-même adapté Caméra Café au Québec, j’ai eu affaire à CALT et je connais leur enthousiasme et leur excellente compréhension du ton de la série.

Pensez-vous que votre série pourrait être achetée en France, comme l’a été Minuit le soir par France 2 ?
D’abord, légalement je ne sais pas si ce serait possible maintenant que GMT a acheté les droits d’adaptation. Ensuite, je ne sais pas si les téléspectateurs français sont prêts à faire l’effort de la langue.

Que pensez-vous des sous-titres diffusés avec les séries québécoises ? (sur TV5 ou lors des projections du Festival)
Ca ne me choque pas, mais je trouve ça malheureux. Si ça aide la compréhension tant mieux, mais si les gens pouvaient faire ce petit effort. Mais c’est comme pour l’anglais, il faut parfois des référents culturels.

Il n’y a pas eu de réactions par rapport à tout le passage dans la chambre de la fille ainée ? (elle est prostituée, ndlr)
Les gens attendent ce moment-là, c’est un rendez-vous télévisuel, à chaque épisode ou presque il fallait ce moment. Mais à un moment, nous sommes allés dans l’excès. Scénaristiquement parlant, pour moi, chaque épisode tait conçu comme un court-métrage. La construction narrative de chaque épisode est différente. Parfois on termine dramatiquement, parfois de manière comique, parfois deux intrigues se chevauchent, parfois deux ou trois. Les seules choses récurrentes c’est la famille et le client de Dolorès.

Vous utilisez beaucoup de références, il y a notamment un épisode de la première saison où on sent un clin d’œil appuyé à Amélie Poulain…
Oui, il y a plusieurs pastiches au fil de la série. Celui-là est très clair, et souvent ça l’est, mais ça ne nuit pas au récit. Si tu ne connais pas le référent, tu apprécieras l’épisode. C’est devenu un exercice ludique pour nous, d’inclure des pastiches qui passent inaperçus. Dans la dernière scène du dernier épisode de la première saison, le réalisateurs s’est amusé à reproduire les mêmes erreurs qu’un film québécois qui s’appelle « Les Ploucs », qui est une famille très connue au Québec.

Et la petite scène post-générique ?
Je ne sais pas si c’est comme ça en France mais au Québec la plupart des séries commencent « cold in », c’est-à-dire « à froid ». On entre dans l’action, et le générique vient un peu plus tard. Et souvent, pour espérer que les téléspectateurs regardent le générique, on leur donne un petit insert à la fin. Mais les génériques passent à une telle vitesse qu’il faut vraiment être la mère du gars pour le voir.

On a pu entendre, lors des discussions du Festival, que vous n’étiez pas un grand fan de séries américaines…
D’une part, je ne suis pas bilingue, alors je ne regarde pas la télévision américaine. D’autre part, regarder des émissions doublées, j’ai fait l’effort pour quelques unes (Six Feet Under, par curiosité professionnelle ; et Sex & The City dont ma copine était fan). Mais ce n’est pas que je les trouve pas bonnes, c’est que pour les apprécier il faudrait que je sois bilingue, et je ne le suis pas. Et de toute façon, pour avoir été mis en contact professionnellement avec des séries britanniques, je crois que j’aurais beaucoup plus de plaisir avec elles. Les séries américaines sont mois réalistes, par exemple dans Elles (titre québécois de The L Word, ndlr), toutes les lesbiennes sont magnifiques mais moi toutes celles que je connais ne correspondent pas à ça. Les britanniques auraient pas fait le sacrifice de mettre que des filles bien roulées…


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