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Fringe : les inspirations

Serieslive vous propose un article visant à rétablir la vérité sur les inspirations de Fringe.

S.Edde, le 08/09/2008 à 00h01

Il y a des séries dont on attend beaucoup, dont le buzz est tellement gros que l'on flaire le succès. Depuis la saison 2004 avec Lost et Desperate Housewives, aucune série n'avait réussi à véritablement créer le buzz aux Etats-Unis. Si Heroes fit parler, ce fut nettement moins important, d'autant plus que la série a eu toutes les peines à confirmer. A l'image de Lost, Fringe fait déjà parler d'elle depuis plusieurs mois. Un buzz est tellement grand qu'il a dépassé les frontières américaines. Quelques affiches intrigantes, des teasers efficaces, un casting alléchant, un pitch mystérieux et surtout un nom, J.J. Abrams. Tiens bizarre il était déjà à l'origine de Lost.

En juin, un préair (c'est à dire une version piratée, un premier jet du pilote) est apparu sur le net. Les plus méfiants dirons que les dirigeants de la Fox n'y sont pas étrangers. Dès les premiers jours, les réactions se multiplièrent. Au-delà de l'aspect subjectif de l'opinion quant à la qualité de ce préair, tous s'accordent en revanche pour dire que la série ressemble, ou du moins s'inspire, de bons nombres de ses ancêtres. Certains y ont vu la patte Abramesque de Lost ou d'Alias, d'autres y ont vu quelques éléments de la trilogie Jason Bourne et enfin tous s'accordent pour dire que X-Files est la référence majeure.
Pour tordre le cou ou affirmer ces propos, Serieslive vous propose une comparaison du pilote de Fringe avec ceux d'X-Files, Alias et Lost.

X-Files

Pacey devient Scully ?

Honneur à la doyenne des trois séries et à la plus culte (même si les scores du film ne sont pas à la hauteur) avec X-Files, référence et inspiration la plus évidente de Fringe. Fringe la nouvelle X-Files ? Des enquêtes sur le paranormal, une grande conspiration, un duo, la Fox, cela suffit-il à faire de Fringe, un X-Files du pauvre ? Difficile de se faire une opinion avec un préair seulement. D'autant que si on compare les deux pilotes, on est loin de retrouver les mêmes schémas de construction ou de narration.
La différence entre JJ et Chris vient vraisemblablement de l'époque. C'est peut-être l'époque qui veut ça et JJ a sans doute raison de penser qu'aujourd'hui pour accrocher le téléspectateur, il faut lui présenter un maximum de choses, très vite, sans prises de tête et cela dès le pilote.

A commencer par la scène d'introduction des deux séries. Alors que Fringe démarre sur les chapeaux de roues, Chris Carter prend son temps. La scène d'introduction se situe dans une petite ville de l'Oregon où une jeune femme court dans les bois. Une lumière intense, des ombres et nous voici le lendemain. La police a retrouvé son corps et elle porte d'étranges marques. J.J Abrams lui se lance dans une de ses grandes spécialités, la scène coup de poing et prenante. C'est efficace, prenant, mais ça a nettement moins de charme que la subjectivité laissée par Carter. Certes Fringe passe après X-Files, profite des années 2000 où l'on est difficilement choqué, mais là où l'une jouait sur la subjectivité hautement plus angoissante (y a qu'à voir l'impact des Dents de la mer où finalement le requin n'apparaît que très peu), JJ joue lui la carte du terrifiant par le gore. Et pour être honnête, cela fonctionne tout de même nettement moins bien. Alors certes la scène d'introduction de Fringe est captivante et prenante, mais rien ne vaut un créateur qui laisse le soin aux téléspectateurs de s'imaginer les choses, renforçant de ce fait la peur (car généralement on a tendance à toujours surenchérir).

Même chose côté personnages. Alors que Chris Carter prend bien le temps de nous les présenter, J.J Abrams passe très vite sur leur passé pour former son duo. Le personnage d'Olivia dans Fringe reste surtout le plus mystérieux, alors que Carter présente bien son duo par une astuce narrative. Scully lors d'une entrevue avec les dirigeants du FBI, se fait interroger sur ce qu'elle sait à propos de Mulder, puis ensuite c'est Mulder qui nous présente Scully. Les spectateurs prennent le temps de connaître et d'apprécier leurs futurs héros cultes, alors que J.J passe trop vite sur leur présentation (sans doute pour y revenir par la suite) au profit de l'action (alors que le pilote est pourtant bavard).
Peut-on alors faire le rapprochement entre les deux duo ? Olivia et Peter sont-ils les nouveaux Mulder et Scully du 21e siècle ? Oui et non. Oui car tout comme Carter l'avait déjà fait à l'époque, Abrams reprend le bon vieux code des partenaires de sexes opposés et de caractères opposés. En cela donc, il ne copie pas vraiment Carter, il ne fait que reprendre une formule usée mais toujours efficace. Tout comme Carter, Abrams oppose psychologiquement ses personnages, de par leur état d'esprit mais aussi de par leur ouverture d'esprit. Seulement Abrams a interverti les rôles et a fait d'Olivia son Mulder et de Peter (Joshua Jackson) sa Scully. La comparaison est peut-être osée mais la suite de la série nous donnera surement raison, même si Peter paraît plus ouvert que Scully. En revanche, là où J.J s'est écarté de son prédécesseur, c'est qu'il préfère les sabots aux pantoufles. Qui dès le pilote d'X-Files (sans le recul des neuf saisons) aurait pu percevoir ne serait-ce que l'ombre d'un indice qu'une histoire d'amour allait naître entre eux ? C'est la suite logique de tous les duos de ce genre, mais Carter ne laisse rien transparaître dans le pilote de sa série. Tout le contraire d'un Abrams, un peu lourd qui nous gratifie déjà de quelques regards explicites. Dans le pilote d'X-Files, Carter aurait pu pourtant tomber dans le pathos rapidement avec une soirée à la bougie, mais l'homme en ce temps, savait écrire.
Pour les personnages secondaires, Abrams fait également preuve de plus de précipitations. Combien de temps a-t-il fallu à X-Files pour donner un visage au mal et à la conspiration ? Plusieurs épisodes et rien ne laisse présager dans le pilote, que l'apparition furtive de l'Homme à la cigarette est un indice de son futur rôle. Dans Fringe en revanche, l'ennemi a déjà un nom, un visage (quand bien même ce n'est qu'un sous fifre).

La comparaison avec X-Files peut se comprendre donc, mais elle semble pour l'instant prématurée et injurieuse envers la dénommée série, qui faisait preuve de plus d'intelligence. Fringe fait trop vite et mâche bien trop facilement le travail aux téléspectateurs.

Alias

Une nouvelle Sydney Bristow ?

Les comparaisons avec Lost et Alias sont inévitables, puisque toutes deux sont créées par J.J Abrams. Commençons par Alias, qui si l'on omet Felicity, fut la première série à révéler le génie créateur de J.J. Comment ne pas faire la comparaison avec la série d'espionnage qui bouleversa le petit monde des séries le 30 septembre 2001. En comparant les deux pilotes, l'on constate bon nombre de points communs, des trais caractéristiques aux séries d'Abrams.

Tout d'abord son héroïne. Le réalisateur, producteur et scénariste a, dès le début de sa carrière, su casser l'image du héros en prenant le parti de mettre en avant une femme. Si Felicity en est un exemple, c'est incontestablement à Sydney Bristow que l'agent Olivia Dunham fait penser. Tout comme l'agent Bristow, Olivia Dunham, héroïne de Fringe, est une femme forte naviguant dans un monde d'hommes. Dès le début du pilote de Fringe, J.J installe son personnage principal dans un monde d'hommes qui lui est plutôt hostile. On sent qu'elle a du batailler pour s'imposer et qu'il lui reste encore du chemin avant de s'assurer le soutien de la gente masculine. Si Sydney Bristow, dès les premières images d'Alias, est définitivement présentée comme une femme forte, avec une scène de torture devenu culte, on ne la sent pas à la recherche de sa place dans ce monde d'hommes. Certes, elle est pour ainsi dire la seule représentante de la gente féminine, mais ses aptitudes très vite démontrées, laissent penser que l'agent Bristow a su gagner la confiance des autres agents. C'est peut-être ce qui différencie le plus nos deux héroïnes. Si tout au long du pilote de Fringe, l'agent Olivia Dunham montre des qualités incontestables, J.J Abrams semble avoir fait le choix d'une héroïne plus simple, peut-être plus crédible, moins proche du prototype de la super héroïne. Olivia Dunham est un agent exceptionnel, mais cela reste un être humain simple. Pour l'instant.
Pour le reste, les deux femmes semblent avoir le même passé et les mêmes blessures. Les deux femmes ne vivent que pour leur métier d'agent et ont donc à côté une vie privée compliquée. Côté famille, si l'on ne connaît finalement pas encore grand chose de la vie de l'agent Dunham, on comprend par quelques allusions qu'elle vit dans l'ombre d'un père agent respecté de tous. Ce qui la rapproche d'une Sydney Bristow dont la complexité de la vie de famille n'est plus à démontrer. Un père avec lequel elle entretient des rapports conflictuels, avant d'apprendre qu'il est un agent double de la CIA, une mère espionne russe, une sœur cachée, une tante démoniaque... Encore une fois si les deux femmes paraissent avoir eu le même parcours chaotique côté famille, l'agent Dunham a une vie de famille compliquée mais plus simple. Contrairement à une famille Bristow presque trop compliquée, la famille Dunham semble avoir ses problèmes mais sans exagération. Même s'il ne serait pas surprenant que J.J Abrams nous réserve des surprises (attendues?) avec la famille de son héroïne.
Côté sentimental, le créateur de Fringe semble prendre un malin plaisir à faire souffrir son personnage principal. Dans Alias, J.J Abrams tuait le futur mari de Sydney dès le pilote. Dans Fringe, on retrouve à peu de choses près la même chose. Avec originalité, Olivia Dunham perd également son grand amour. Au lieu d'une mort que l'on croyait pourtant bien engagée, J.J nous réserve finalement un twist lui permettant de créer la même situation mais de façon différente. La trahison, mainte fois utilisée dans Alias, est déjà présente dans le pilote de Fringe. Même chose en ce qui concerne les relations naissantes dans les deux pilotes entre les deux héroïnes et l'un de leur collègue. Si dans le pilote d'Alias, la future relation Sydney/Vaughn n'est pas évidente, J.J fait en revanche usage de moins de subtilité pour nous annoncer une relation entre Olivia et Peter (Joshua Jackson).

La seule différence notable entre les deux personnages résulte finalement dans leur présentation. Alors que dans Alias, J.J prenait le temps de nous présenter Sydney, côté vie publique et vie professionnelle, usant des flash-backs, il laisse en revanche planer le doute autour de la vie de l'agent Dunham. Ce qui laisse penser que par la suite, celle-ci pourrait refaire surface.

Les points communs ne manquent donc pas entre les deux femmes. Faut-il pour autant faire de Fringe un deuxième Alias ? Tout comme dans sa série d'espionnage, J.J a réutilisé certaines ficelles qu'il apprécie. On a tout d'abord la scène d'introduction efficace, plantant directement le décor. Même si dans Alias, J.J brouillait les cartes avec une alternance vie rangée et scène de torture de la même Sydney, le plantage du décor est tout aussi efficace.
Les styles de personnages sont également à peu de choses près les mêmes. Le génie drôle (Marshall dans Alias, Walter Bishop dans Fringe), le nouveau coéquipier beau gosse (Vaughn dans Alias, Peter dans Fringe) et l'ami fidèle (Jackson dans Alias, Charlie dans Fringe). Mais surtout le patron mystérieux. La comparaison entre Phillip Broyles (interprété par Lance Reddick et Arvin Sloane est tout à fait justifiée. Ce dernier dans le pilote d'Alias est rapidement présenté comme le futur grand méchant, commanditaire de l'assassinat du fiancé de Sydney et à la tête d'une organisation criminelle. Certes Broyles n'est pas présenté comme un méchant, tout juste est-il dur avec Olivia, mais tout comme Sloane, il se révèle mystérieux. D'agent ordinaire, il devient le chef d'une branche mystérieuse du FBI. Un personnage sombre, dont le pilote nous révèle peu de choses, ce qui promet quelques belles surprises par la suite. Tout comme Sloane, la dureté de Broyles envers son agent, semble également se diriger vers une figure protectrice, paternelle.

Mais la patte Abrams, que l'on retrouve aussi bien dans Alias et Lost, c'est la mise en place du grand mystère. Tout comme pour Alias, la série va tourner autour d'une organisation mystérieuse, aux ramifications mondiales, à la puissance effrayante. Tout comme dans Alias, le complot semble gigantesque et l'héroïne totalement dépassée.

En ce qui concerne les grandes différences, on pourrait souligner que si J.J utilise également une écriture incrustée particulière et qui fera la patte de la série, la réalisation du pilote de Fringe et sa construction sont en revanche beaucoup plus traditionnelles. On sent que J.J n'est pas cette fois-ci derrière la caméra et qu'Alex Graves n'a pas autant osé que J.J pour Alias, sans doute pour attirer un public plus large. Les flash-backs ou flash forward sont totalement absents, au profit d'une narration plus classique mais nettement moins impressionnante. Voilà peut-être pourquoi on ressort du pilote de Fringe, déçu, quand on a eu le droit à un pilote d'Alias et un pilote de Lost si efficace.

Avion de Lost

Tiens encore un avion !

Il y a des comparaisons qui ne tiennent pas à grand chose et celle-ci en est bien la preuve. Peut-on vraiment établir une quelconque ressemblance ou inspiration de Fringe par rapport à Lost ? Si oui, ce ne sera qu'après le pilote. Après comparaison des deux pilotes, on se demande bien où ceux qui ont parlé d'influence, ont été chercher leurs sources car Fringe n'a franchement pas grand chose à voir avec Lost. Au bien sûr, on a J.J. Abrams à la création et à l'écriture, et puis on a un avion, mais c'est à peu près tout.

Les deux pilotes ne sont absolument pas construits de la même façon. Si la façon d'en mettre plein la vue se retrouve dans les deux pilotes, ce n'est cependant pas similaire. Alors que Fringe, comme cela a déjà été dit, joue sur le gore durant les premières minutes, Lost est dans le registre de la catastrophe. Dans Lost, c'est après huit minutes intenses qu'on comprend à peu près ce qu'ils font sur l'île et que leur avion s'est écrasé. Alors que dans Fringe au bout des huit minutes, on est déjà au calme avec les personnages. C'est bien d'ailleurs ce qui différencie les deux pilotes. Dans Lost, durant les premières minutes, il n'y en a que pour Jack, les autres personnages principaux ne font que de la figuration et il faut attendre près d'un quart d'heure pour avoir vu enfin tout le casting. Certes dans Fringe, l'agent Olivia Dunham occupe le devant de la scène, mais on a tout de même le temps de nous présenter d'autres personnages.
La présentation des personnages est également totalement différente. Si on apprend par la force des choses que Jack est docteur, c'est tout ce qu'on sait de lui. On ignore également la profession, la nationalité... de la plupart des autres personnages et cela pendant un bon bout de temps. Tout juste connaît-on leurs noms. De ce point de vue, la comparaison n'est pas possible. S'il est vrai qu'on ne sait pas encore grand-chose des personnages de Fringe, on en sait déjà beaucoup plus que de ceux de Lost. Même lorsqu'on tente de comparer les personnages, il est difficile de trouver des points de comparaison entre eux.

La construction, la narration et la réalisation sont également totalement opposées. Il faut vingt minutes à Lost pour nous faire basculer d'une série catastrophe et survie, à une série de science-fiction, avec la future fumée noire. Alors que Fringe met à peine une minute pour se classer dans le genre science-fiction. Ce n'est pas un reproche, mais la façon de nous amener le mystère dans Lost, est au combien plus subtile. Puisque dans Fringe, on n'a pas le temps de croire qu’on a affaire à une simple série policière sur le FBI, le mystère intervenant dès l'introduction. L'utilisation des flashbacks n'est pas reprise par J.J dans Fringe également, alors qu'il en avait son atout majeur dans Alias et Lost.
Derrière la caméra de Fringe, on a le certes bon Alex Graves alors que derrière la caméra de Lost, c'est J.J Abrams. Et ça s'en ressent. Une fois de plus, après un pilote de Lost avoisinant les dix millions de dollars, on parlait d'un pilote de Fringe encore plus cher. Mais où est donc passé cet argent ? Lost n'en met pas plein la vue, mais on sait pourquoi cela a coûté aussi cher, de la carcasse de l'avion, en passant par les décors somptueux, en deux heures, Fringe a bien du mal à nous faire croire qu'elle jouera dans la même cour.

La patte de Michael Giacchino donne également une autre dimension au pilote. Alors certes ce n'était que le préair de Fringe mais tout de même. La qualité de l'intrigue et des images, des décors, associée à l'orchestration de Giacchino rend le tout bien plus efficace dans Lost.

Il n'y a guère que l’avion qui peut servir de comparaison. Mais dans l’un il est entier, dans l'autre il s'est écrasé sur une plage déserte. Même Greg Grunberg n'est pas présent...

Bilan

Au final et en toute partialité, on peut estimer que certaines comparaisons ne tiennent pas la route. L'attente autour de J.J Abrams est tellement importante, qu'on ne lui épargnera rien. La plupart des comparaisons sont donc exagérées. En particulier cette dernière avec Lost, qui ne trouve pour l'instant aucune justification. Si X-Files peut être considéré comme une source d'inspiration, les différences sont nombreuses. N'est pas Chris Carter qui le veut (bien qu'après le dernier film n'importe qui pourrait l'être). Alias a assurément la plus grande part d'influence, mais nul doute qu'Abrams, à l'imaginaire débordant, saura trouver la rupture et faire d'Olivia Dunham un personnage à part entière et pas seulement un croisement entre Sydney Bristow et Fox Mulder.

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