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Interview d'Eric Mabius, d'Ugly Betty

Nous avons eu la chance de rencontrer l'acteur principal d'Ugly Betty en juin dernier lors du Festival de Monte Carlo où il nous a donné les bonnes raisons de regarder cette nouvelle comédie qui débute ce soir sur TF1.


SL : Vous travaillez sur un plateau de tournage assez impressionnant ?

  • EM : Je dis toujours que c'est la première fois que je vois un plateau où ce qu'on voit à la télé est moins impressionnant que la réalité, que ce soient le bureau ou même la maison des Suarez (la famille de Betty). Cette dernière est une réplique exacte d'une maison du Queens.

SL : Est-ce que vous tournez parfois à New York ?

  • EM : Non, nous avons une incroyable équipe pour les effets spéciaux qui utilisent des lieux de Brooklyn ou de l'Upper East Side pour les scènes de transition.

Eric Mabius

SL : Comment vous êtes vous retrouvés dans l'aventure Ugly Betty ?

  • EM : Ma femme et moi venions de nous marier et j'étais sur le point de partir en lune de miel. Mon agent n'était pas particulièrement content car il voulait que je revienne pour une audition, un pilote. Il me disait qu'il s'agissait d'une série qui s'appelait Ugly Betty, ils cherchaient un acteur principal. Il a insisté : « ils veulent vraiment te rencontrer ». Je leur ai dit « dommage » mais ils ont réussi à me faire culpabiliser (rires) et je suis rentré en avion, je les ai rencontré, j'ai lu le scénario et je me suis dit : « C'est brillant ! ». Mais dans beaucoup cas à Hollywood, ce qui vous lisez parait brillant et vous vous dites que ce sera difficile à retranscrire en images. Je leur ai dit « Ce fut un plaisir, bonne chance ». Je me suis intéressé à d'autres projets, l'un de ces projets étaient Heroes.

SL : Pour quel rôle ?

  • EM : D'après ce que j'ai compris, ils hésitaient entre moi et Milo Ventimiglia. Donc quand les producteurs d'Ugly Betty l'ont appris, ils m'ont dit : « Non nous te voulons pour le rôle ». Mais je savais qu'ils avaient quelqu'un d'autre à l'esprit pour ce rôle et que j'étais le second choix donc je leur ai dit « Je vais faire l'audition de Heroes ». Les auditions pour Heroes étaient l'après-midi suivant, ils ont demandé à me voir et ils m'ont offert le rôle.

SL : Avez-vous rencontré les acteurs de Heroes ?

  • EM : Non, les acteurs ont des égos déjà très gros, je n'allais pas aller les voir et leur dire « Vous m'avez presque eu dans votre équipe ». Je suis content et en fait, je ne voulais pas être coincé dans une série où je ne peux pas faire un peu de comédie de drama et d'action. Je peux faire tout ça dans Ugly Betty.

SL : Donc aucun regret ?

  • EM : Aucun. Je serais heureux de jouer neuf, dix, douze ans dans cette série.

SL : En plus vous avez la chance de jouer avec l'actrice Salma Hayek.

  • EM : Oui, ça pourrait être pire (rires) mais aussi avec Lucy Liu.

SL : Parlez-nous de votre personnage ?

  • EM : Betty et Daniel se retrouvent à faire un boulot où personne ne veut les voir réussir. Mon statut dans l'entreprise est constamment minimiser et remis en question. Daniel n'a jamais reçu une formation pour son travail. Son père ne lui a pas appris à être un homme, son père trompait sa mère, sa mère était alcoolique.

SL : Il semble passé un mauvais moment…

  • EM : Un petit peu… Tous ses problèmes sont liés au fait qu'il lui manque quelque chose... Et la présence de Betty est une aide pour Daniel Meade, elle va combler ce vide, le fait de ne pas avoir de famille. Betty et Daniel sont dans le même bateau, ce sont des personnages similaires mais de milieux totalement différents. Betty a de l'amour le sens d'appartenance et la confiance de sa famille, Daniel n'a rien de tout ça. Betty est au centre des attentions avec son attitude « je peux tout faire » et son adorable manière de penser. Son honnêteté déteint sur tout le monde, inspire toutes les personnes superficielles qui se moquent d'elles au début. Betty rend tout le monde un peu plus heureux. Daniel se sent mieux et plus sûr de lui grâce à Betty.

SL : Betty n'est pas comme dans la série originale, elle n'est pas amoureuse de son patron ?

  • EM : Silvio ne voulait pas faire une nouvelle version de Betty la fea, il a beaucoup de respect envers la version colombienne mais il voulait écrire son expérience en tant que première génération d'immigrant aux Etats-Unis et il se trouve qu'il est homosexuel. Il a des amis dans le monde de la mode et il ne voulait pas faire quelque chose qui avait déjà été fait. Betty la fea est très similaire au soap opera qu'on voit au Etats-Unis pour moi, c'est diffusé 5 fois par semaine, pendant une assez longue période. Silvio a changé le format, la série dure une heure. C'est une comédie, mais il y a aussi du drame. Et pour conserver les téléspectateurs, on ne peut pas seulement montrer des personnages noirs et blancs comme dans les soap opera, où les personnages représentent seulement une émotion. S'ils veulent montrer une nouvelle émotion, ils montreront un nouveau personnage, il y a le personnage triste, celui qui est content… Mais dans Ugly Betty, on s'aperçoit tout au long des semaines que les personnages sont plus qu'ils ne le paraissent. Ce qui m'amène au message central de la série : vous ne pouvez pas juger les gens sur leur apparence. C'est en partie ce qui explique le succès de la série.

America Ferrara

SL : Pensez-vous que Desperate Housewives est une série un peu similaire ?

  • EM : Non je ne pense pas. Et Desperate Housewives traite de personnages plus traditionnels, avec plus de drama. La série évoque l'Amérique moyenne. Voici Wisteria Lane, voici ce qui passe derrière les portes closes des Etats-Unis.

SL : Peut-être le même genre d'humour ?

  • EM : Je ne peux pas trop vous dire, j'ai du seulement voir 15 minutes de cette série. Je ne sais pas si Silvio est un fan de Desperate Housewives. Mais ce fut une vraie bataille pour eux, car la série a rencontré quelques difficultés avant d'être diffusée. A un moment,c'était un sitcom de 30 minutes sur NBC, mais ça n'a pas marché. Ils ont finalement attéri sur ABC et le résultat est là : chaque épisode cette saison est meilleur que le précédent. Les créateurs de Ugly Betty ont essayé de créer une série qu'ils aimeraient eux-mêmes regarder.

SL : Daniel se retrouve confronté à différents obstacles ?

  • EM : Daniel a traversé beaucoup d'épreuves, c'est toujours un pas en avant et deux pas en arrière. Les gens ne peuvent pas changé du jour au lendemain. Daniel n'a du tout changé, il a beaucoup appris mais ça ne veut pas dire qu'il utilise ce qu'il apprend pour être une meilleure personne. Il se bat avec la vie, il n'a pas de famille et Betty la remplace. Leur connection émotionnelle est la plus significative dans la série. Il a traversé beaucoup d'épreuves mais tout le monde en a traversé dans la série. Il remplace le sexe par la proximité envers les autres et Betty essaie de le faire changer de comportement.

Attention spoilers sur la première saison

  • Il essaie de changer en ouvrant son cœur mais il est brisé par Silvia, le personnage de Salma Hayek. Betty essaie de l'aider en cassant sa dépendance en le présentant à une personne qui travaille dans le même immeuble, il lui donne des amphétamines et il redevient dépendant. C'est une leçon difficile pour lui, les gens changent lentement.
  • Ce qui est génial dans cette série, c'est qu'elle traite de nombreux sujets. Par exemple, on a pu évoquer le fait de jeunes qui décident d'en arrêter avec leur vie au lieu de discuter avec leurs parents. Dans l'épisode où Justin va voir sa mère, ça a l'air stupide, mais on a reçu des mails de jeunes nous disant que « j'ai regardé la série avec ma mère et j'ai parlé à mes parents de mon homosexualité ».

SL : Effectivement Ugly Betty aborde de nombreux problèmes de notre société : assurance maladie, homosexualité, immigration, anorexie…

  • EM : Le monde de la mode encourage depuis des années des jeunes filles à ne plus manger, c'est ridicule. Une fille d'1m80 dont on voit les côtes n'est pas plus du tout attirante. Du côté des hommes, certains font du sport pour avoir de plus gros muscles en pensant que c'est ce que veulent les femmes.

SL : Betty la fea est un vrai phénomène de société en Amérique du Sud. Y a-t-il beaucoup de fans d'origine hispaniques ?

  • EM : Oui. Ils ont voulu faire très attention. Marco et Silvio (les créateurs de la série) ont essayé d'écrire leur expérience, ils ne voulaient aliéner personne. La communauté hispanique a très bien répondu à la série. Il n'y a jamais eu de série où l'actrice principale était hispanique aux Etats-Unis. Comme je l'ai souvent dit, il y a des personnages de milieux socio-économiques différents représentés (race, orientation sexuelle, origine,…) dans la série. La communauté hispanique se sent représentée et pas marginalisée ou réduite par Ugly Betty. Ce n'est pas comme Girlfriends, même si je précise que je n'ai rien contre cette série où on ne voit qu'une communauté.

SL : Comment s'est passée la collaboration avec Salma Hayek ?

  • EM : Ben Silverman, grâce à qui la série est arrivée aux Etats-Unis, a immédiatement fait appel à Salma pour le projet. C'est une femme très intelligente et elle est là pour que la série s'améliore à chaque épisode. Bien sûr tout le monde, l'équipe, les producteurs, les scénaristes est là pour rendre la série meilleure, mais Salma a cette attitude qui permet à chacun d'être meilleur.

SL : Vous avez également joué dans The L Word ? En quoi est ce différent d'Ugly Betty ?

  • EM : Dans The L Word, j'étais la minorité, c'est un casting entièrement féminin, la plupart de l'équipe, des metteurs en scènes était des femmes. J'arrivais sur le plateau et elles disaient : « Regardez, c'est un homme », j'étais leur gentil petit chien (rires). Je les divertissais. C'est également différent car je me déshabillais beaucoup dans The L Word.

Eric Mabius

SL : Vous jouez souvent dans les séries où le casting est majoritairement féminin ?

  • EM : Oui, car ce sont des séries intéressantes et complexes. Personne ne veut regarder des séries où les gens sont heureux.

Ugly Betty est à suivre dès le lundi 7 janvier à 22h35 sur TF1.

par K. Davilmar
Publié le 07/01/2008 à 10h30




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